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#52 Stéphanie Gicquel – Visualiser pour ne jamais abandonner

Avocate d'affaires devenue sportive de l'extrême, Stéphanie Gicquel repousse les limites de l'endurance humaine. Dans cet épisode, elle raconte son parcours hors-norme, des bancs de la classe préparatoire HEC aux étendues glacées de l'Antarctique, qu'elle a traversé sur 2045 kilomètres. Championne de France des 24 heures de course, elle partage ses secrets pour ne jamais abandonner : la visualisation, la préparation mentale et l'acceptation des obstacles. Elle revient sur ses expéditions polaires, ses ultra-trails et la solitude de l'effort, mais aussi sur l'importance cruciale de l'équipe. Un témoignage puissant sur la persévérance et la capacité à se réinventer.

Stéphanie Gicquel, de la prépa HEC aux expéditions en Antarctique

Des études à l’ultra-distance

Stéphanie Gicquel raconte un parcours qui n’avait rien de prédestiné. Originaire d’une petite ville près de Toulouse, loin des univers de l’exploration ou du sport de haut niveau, elle est d’abord animée par un puissant désir de voyager et de découvrir le monde. Pour elle, les études sont le moyen d’acquérir les outils pour « inventer sa vie ». C’est en lisant des magazines qu’elle découvre les écoles de commerce et se fixe, seule, l’objectif d’intégrer HEC. Elle y voit une porte d’entrée vers l’entrepreneuriat, une compétence qu’elle juge essentielle pour monter plus tard ses propres projets, y compris sportifs. Après une classe préparatoire intense, elle intègre l’école et complète sa formation pour devenir avocate en droit des affaires, un métier qu’elle exercera pendant sept ans.

C’est durant ses études qu’elle commence la course à pied, d’abord sur des marathons, puis rapidement sur des distances bien plus longues. Ce qui l’attire, ce n’est pas le chronomètre, mais la distance elle-même, une façon pour elle d’explorer de grands espaces et de faire corps avec la nature.

L’épreuve des extrêmes

Le sport prend une place de plus en plus centrale dans sa vie, la menant vers des défis hors du commun. Son exploit le plus marquant est la traversée de l’Antarctique à ski via le pôle Sud : 2045 kilomètres en 74 jours, dans des conditions extrêmes. Elle décrit un effort physique de 70 heures par semaine, des températures atteignant les -50°C, un vent de face constant et des dangers permanents. Cette aventure, comme ses autres expéditions en Arctique ou ses courses en ultra-trail, lui apprend l’importance fondamentale de l’équipe. Elle insiste sur ce point : même dans des disciplines qui paraissent solitaires, la réussite est toujours collective. « On ne réussit jamais seul », explique-t-elle, que ce soit grâce au soutien logistique, à la sécurité apportée par les coéquipiers ou à l’encadrement sur les courses.

Elle évoque aussi la faim dévorante, les carences, la perte des capacités intellectuelles et l’épuisement. Des épreuves qui ne peuvent être comprises qu’en les vivant, et qui forgent une résilience à toute épreuve.

La force de la visualisation

Pour affronter de tels défis, la préparation physique ne suffit pas. Stéphanie Gicquel révèle que sa principale arme est la visualisation. Bien avant de partir, elle passe des mois, voire des années, à se projeter mentalement dans l’épreuve. Elle visualise tous les obstacles connus : le froid, la douleur, la monotonie, la fatigue. Elle visualise aussi les obstacles qu’on lui a décrits mais qu’elle n’a jamais vécus, comme la faim extrême. Enfin, et c’est peut-être le plus important, elle visualise le fait qu’elle sera confrontée à des imprévus, à des événements totalement inattendus. « Le fait de savoir que je serai face à l’imprévu me permet, lorsque je fais face à l’imprévu, de mettre le stress à distance. »

Cette préparation mentale lui permet d’accepter la difficulté quand elle survient, considérant que c’est une étape normale du processus. Elle raconte n’avoir abandonné qu’une seule fois dans sa carrière, sur une course de 240 km, à cause d’une douleur qu’elle n’avait pas anticipée. Un regret si puissant qu’il est devenu un véritable traumatisme, mais aussi un moteur pour ne plus jamais renoncer.

Le chemin, pas seulement le résultat

Stéphanie Gicquel partage une philosophie où l’échec n’est pas une fin, mais une étape essentielle de l’apprentissage. « Si on réussissait tout du premier coup, est-ce qu’on saurait même pourquoi on réussit ? » Chaque erreur, chaque difficulté est une source d’expérience qui permet de mieux se connaître et de s’assurer d’atteindre l’objectif un jour. Cette accumulation d’expériences est ce qui construit la confiance en soi. Elle encourage à se détacher de la pression du temps et du résultat immédiat pour se concentrer sur la richesse du chemin parcouru.

Aujourd’hui, elle a quitté sa carrière d’avocate pour se consacrer à ses multiples activités : le sport, bien sûr, mais aussi l’écriture de livres et les conférences en entreprise ou dans les écoles. Elle y transmet les leçons apprises dans les déserts de glace : la persévérance, l’importance de l’équilibre et la nécessité de suivre son envie profonde pour réaliser de grandes choses.

Les références de l’épisode

  • « Expédition Across Antarctica » — livre de Stéphanie Gicquel, préfacé par Nicolas Vanier
  • « On naît tous aventurier » — livre de Stéphanie Gicquel
  • Personnes citées : Reinhold Messner, Jean-Louis Etienne, Mike Horn, Henry Worsley, Robert Falcon Scott, Roald Amundsen, Éric Bélion, Mehdi Kamiri
  • Compétitions et lieux : Grand Raid du Morbihan, Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), Marathon du Mont-Blanc, Vendée Globe, Marathon du Pôle Nord, Antarctique, Arctique, Groenland, Spitsberg
  • Organisations : HEC, Fédération Française d’Athlétisme, Guinness Book des Records

Au fil de l’épisode

  • Présentation de Stéphanie Gicquel, sportive de l’extrême, et de sa récente victoire au championnat de France des 24 heures de course.
  • La différence entre la course en compétition et la course comme moyen d’exploration et de connexion à la nature.
  • Son parcours : d’une petite ville du sud de la France à HEC, puis au métier d’avocate d’affaires.
  • Comment le désir de voyager a été le moteur de ses choix d’études et de carrière.
  • L’importance de l’équilibre entre un objectif principal et d’autres activités pour rebondir et rester efficace.
  • Le mythe de l’exploit en solitaire : pourquoi, selon elle, toute réussite est collective.
  • La nécessité d’une forte motivation personnelle pour affronter les moments de solitude et de doute.
  • Ses débuts en course à pied et son attirance immédiate pour la longue distance plutôt que pour le chronomètre.
  • La valeur de l’échec comme outil d’apprentissage pour surmonter la peur et mieux se préparer.
  • L’importance de construire sa propre expérience en matière d’entraînement et de nutrition, au-delà des conseils des autres.
  • Le récit de sa traversée de l’Antarctique : 2045 km en 74 jours dans des conditions extrêmes.
  • La gestion des risques et la nature théorique des secours dans les régions polaires.
  • L’expérience de la faim extrême et ses conséquences physiques et mentales.
  • Le défi supplémentaire que représente le poids du matériel pour un petit gabarit.
  • La visualisation comme outil principal de sa préparation mentale pour anticiper les obstacles connus et inconnus.
  • Le récit de son unique abandon en course et comment ce traumatisme a renforcé sa détermination.
  • Comment surmonter la monotonie et apprendre à percevoir les détails dans des environnements qui semblent uniformes.
  • Le choc du retour à la civilisation après des mois d’isolement.
  • Son quotidien actuel, entre entraînements, écriture de livres et conférences.
  • Son conseil final : accepter de ne pas pouvoir tout concilier et vivre sa vie par phases, en suivant ses envies profondes.

FAQ

Qui est Stéphanie Gicquel ?

Stéphanie Gicquel est une sportive de l’extrême, exploratrice polaire et conférencière française. Ancienne avocate d’affaires diplômée d’HEC, elle s’est reconvertie pour se consacrer à des défis d’ultra-endurance. Elle est notamment connue pour avoir traversé l’Antarctique sur 2045 km et pour ses performances en course à pied sur de très longues distances, détenant le titre de championne de France des 24 heures.

Quelle est la plus grande expédition de Stéphanie Gicquel ?

Sa plus grande expédition est la traversée du continent Antarctique via le pôle Sud, un périple de 2045 kilomètres réalisé en 74 jours. Durant cette aventure, elle a fait face à des conditions extrêmes, avec des températures descendant jusqu’à -50°C et des vents violents. Cet exploit l’a inscrite dans le cercle très fermé des personnes ayant accompli une telle traversée.

Qu’est-ce que la visualisation selon Stéphanie Gicquel ?

Pour Stéphanie Gicquel, la visualisation est une technique de préparation mentale essentielle. Elle consiste à se projeter et à imaginer à l’avance tous les obstacles possibles d’une épreuve : la douleur, la fatigue, la monotonie, mais aussi des imprévus. En anticipant mentalement ces difficultés, elle les accepte plus facilement lorsqu’elles surviennent, ce qui lui permet de gérer le stress et de rester concentrée sur son objectif sans se laisser déstabiliser.

Pourquoi l’échec est-il important pour Stéphanie Gicquel ?

Elle considère l’échec comme une étape fondamentale de l’apprentissage. Selon elle, échouer permet de comprendre les raisons d’une contre-performance et d’acquérir une expérience précieuse pour les tentatives futures. Chaque erreur, que ce soit dans la préparation, la nutrition ou la stratégie, est une leçon. Elle est convaincue que c’est en surmontant les échecs que l’on construit la persévérance et la confiance nécessaires pour atteindre des objectifs ambitieux.

Comment gère-t-elle la solitude et l’envie d’abandonner ?

Bien qu’elle insiste sur l’importance de l’équipe, elle fait face à une grande solitude durant l’effort. Pour ne jamais abandonner, elle s’appuie sur une envie initiale très forte et une préparation mentale rigoureuse. Elle raconte avoir abandonné une seule fois, un regret qui l’a traumatisée et qui lui sert aujourd’hui de puissant rappel pour persévérer. La visualisation des obstacles l’aide à accepter la souffrance comme une partie intégrante du chemin.

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