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#26 Thibaud Elzière eFounders – quand ne lancer que 3 à 4 boites par an devient frustrant

Peu connu du grand public, Thibaud Elzière est une figure incontournable de l'écosystème tech français. Ingénieur de formation, il n'a quasiment jamais été salarié et a lancé sa première entreprise, Fotolia, dès la sortie de l'école. Cette banque d'images révolutionnaire, il la mènera à une croissance fulgurante avant de la céder en plusieurs étapes, jusqu'au rachat final par Adobe. Mais sa passion est de créer. Après Zilok (devenu Ouicar), il cofonde en 2011 eFounders, un startup studio unique en son genre. Son métier ? Lancer trois à quatre nouvelles entreprises par an, en s'associant avec des entrepreneurs pour transformer des idées en succès internationaux dans le domaine du logiciel.

Thibaud Elzière, le serial entrepreneur derrière Fotolia et le startup studio eFounders

Les débuts d’un entrepreneur né

Thibaud Elzière raconte un parcours qui semble l’avoir destiné à l’entrepreneuriat, bien qu’il ne se reconnaisse pas dans le cliché de l’Américain vendant des limonades enfant. Originaire d’un petit village du sud de la France, il intègre l’école d’ingénieurs Centrale Lyon après une classe préparatoire qu’il a adorée. C’est là que le décalage s’installe : le métier d’ingénieur et les cours de thermodynamique l’ennuient profondément. Il trouve refuge dans les cours de l’école de commerce voisine, l’EM Lyon, où il participe à un projet de création d’entreprise. C’est en voulant automatiser une étude de marché qu’il découvre le code et le potentiel d’Internet, une révélation qui le pousse à créer un premier site anecdotique, monsozy.com, pour trouver son sosie sur le campus. Cette première expérience lui permet d’apprendre à manipuler des photos, une compétence qui s’avérera décisive.

« J’ai ouvert ce livre de code et j’ai codé quelque chose qui permettait d’envoyer à toute la promo de Centrale et à toute la promo de l’OM, un formulaire inclus dans l’email. […] Pour moi, ça a été une révélation. »

La naissance de Fotolia

L’idée de Fotolia naît lors d’un stage chez l’hébergeur Amen, où il découvre le coût exorbitant des photos achetées sur les banques d’images traditionnelles comme Getty ou Corbis. Nous sommes au début des années 2000, à l’aube du web 2.0 et de l’essor des appareils photo numériques. Il imagine alors un modèle basé sur le crowdsourcing : permettre à des milliers de particuliers de vendre leurs clichés pour créer une banque d’images immense et abordable. Il commence à coder le projet à Berlin, pendant son stage de fin d’études chez Total, dans une petite salle mise à sa disposition par un maître de stage compréhensif. De retour en France, la réalité le rattrape. Poussé par sa famille à trouver un travail, il signe un CDI dans une société de conseil. L’expérience dure trois jours. Son patron découvre son business plan dans l’imprimante et le pousse à lancer sa boîte, le libérant d’un avenir de salarié qui l’angoissait.

Avec 7 500 euros levés auprès d’amis de ses parents contre 50 % de l’entreprise, il crée la SARL Fotolia fin 2004. Très vite, il recontacte les fondateurs d’Amen, Patrick Chassani et Oleg Chelsoff, qui investissent 250 000 euros et deviennent des mentors essentiels.

Croissance fulgurante et vente à Adobe

Fotolia est une place de marché : il faut une offre de photos suffisante pour attirer les acheteurs. Thibaud Elzière raconte les débuts difficiles pour atteindre la masse critique de 100 000 images. La clé du succès viendra des États-Unis. En découvrant qu’un concurrent, iStock Photo, existe déjà, ils ont l’idée de démarcher les photographes américains, plus ouverts à ce modèle commercial, pour vendre leurs photos sur le marché européen. La croissance est alors explosive, propulsée par un article sur le blog TechCrunch en 2005. Le chiffre d’affaires passe de 40 000 dollars en 2005 à 2 millions en 2006, puis 7 millions en 2007, pour atteindre 30 millions en 2009. L’entreprise fonctionne sans bureau, avec une équipe entièrement en télétravail, une culture que Thibaud Elzière défend encore aujourd’hui.

L’aventure Fotolia se conclut par une série de ventes stratégiques. En 2009, ils cèdent 50 % à un fonds d’investissement, ce qui permet aux fondateurs de sécuriser une première partie de leurs gains. Puis, en 2012, ils vendent une nouvelle part à KKR, avant que le géant Adobe, créateur de Photoshop, ne rachète 100 % de l’entreprise pour l’intégrer à sa suite créative sous le nom d’Adobe Stock.

L’aventure eFounders

Pendant les années Fotolia, l’envie d’entreprendre ne le quitte pas. Dès 2007, il lance en parallèle Zilok, une plateforme de location d’objets entre particuliers, avec Marion Carrette. Le projet, financé notamment par Marc Simoncini, évoluera pour se concentrer sur la location de voitures et deviendra Ouicar, revendu plus tard à la SNCF. Mais Thibaud, lui, quitte l’aventure, se sentant éparpillé entre ses deux entreprises. Après la première vente de Fotolia, il se retrouve avec du capital et une multitude d’idées. Pour canaliser cette énergie, il décide de créer un cadre. C’est la naissance d’eFounders en 2011, cofondé avec Quentin Nickmans. Le concept : un startup studio dédié à la création d’entreprises de logiciels en SaaS (Software as a Service), pour répondre aux problèmes qu’il a lui-même rencontrés en tant qu’entrepreneur.

« Je pars un peu dans tous les sens et je me dis je vais créer un cadre qui fait que chaque fois que j’ai une idée de boîte ou chaque fois que je crée une boîte, ça vient contribuer à créer un actif qui soit toujours le même et qui s’appellera eFounders. »

Le modèle du startup studio

eFounders fonctionne sur un modèle unique. L’équipe centrale, une dizaine de personnes, identifie des problèmes et développe des idées de produits. Ensuite, elle recrute des entrepreneurs pour cofonder chaque nouvelle startup. Pendant 18 mois, le studio finance le projet (à hauteur d’environ 500 000 euros), aide à construire le produit, à recruter l’équipe et à trouver les premiers clients. Une fois la startup lancée et financée par des investisseurs externes, elle devient indépendante, et eFounders conserve une part significative du capital. Le studio a ainsi donné naissance à des succès comme Aircall, Front, Spendesk ou encore Slite. Après sept ans sans aucun revenu, le modèle porte ses fruits avec des levées de fonds spectaculaires pour ses créations.

Pour Thibaud Elzière, le succès d’une startup repose avant tout sur la qualité de ses fondateurs. Il cherche des profils optimistes et résilients, capables de tenir le cap dans la tempête. Son plus grand regret ? Ne pas avoir transformé le Skype modifié qu’il avait bricolé pour Fotolia en un produit comme Slack.

Thibaud Elzière nous recommande…

  • « De zéro à un » — Peter Thiel, un livre sur la manière de créer des entreprises qui construisent le futur.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Quentin Nickmans, Marion Carrette, Oleg Chelsoff, Patrick Chassani, Marc Simoncini, Michael Harrington, Peter Thiel, Simon Davlat, Lisa Guri, Bertrand Altmaier, Céline Lazorte, Ilan Abéacerra, Clément Benoît, Rachel Delacour.
  • Entreprises et organisations : eFounders, Fotolia, Zilok, Ouicar, SNCF, Adobe, Rocket Internet, Centrale Lyon, EM Lyon, TU Berlin, Amen, Corbis, Getty Images, Total, Oresis, Vintech, Paris Business Angel, CitizenSide, TechCrunch, TA Associates, KKR, We Flash, CosaVostra, Microsoft, Y Combinator, Algolia, Pfit, Miro, Shopify, Jabra, Compto.
  • Œuvres, produits et projets : Monsosie.com, Ostenta, Photoshop, Mailjet, TextMaster, Mention, Front, Aircall, illustrio, Hivy, Forest, Spendesk, Station, Slite, Adobe Stock, Slack, Trello, Evernote, Zoom, Moqups, livre « De zéro à un » (Zero to One).

Au fil de l’épisode

  • Présentation de Thibaud Elzière et du concept de startup studio eFounders.
  • La frustration de ne pouvoir lancer que 3 à 4 entreprises par an.
  • Son enfance dans le sud de la France, la classe préparatoire et son arrivée à Centrale Lyon.
  • Son désintérêt pour le métier d’ingénieur et sa découverte du monde de l’entreprise via l’EM Lyon.
  • Son premier projet entrepreneurial, Ostenta, un outil de sondage en ligne.
  • La création de son premier site, monsozy.com, pour apprendre à coder et manipuler des photos.
  • L’idée de Fotolia, née lors d’un stage chez Amen en constatant le prix des banques d’images.
  • Le développement des premières lignes de code de Fotolia pendant son stage de fin d’études chez Total à Berlin.
  • Son unique et très courte expérience de salarié : trois jours dans une société de conseil avant de se faire licencier pour lancer sa boîte.
  • La décision de se lancer à plein temps sur Fotolia, sans argent ni certitude.
  • La création de la société et la première levée de fonds auprès des fondateurs d’Amen, Patrick Chassani et Oleg Chelsoff.
  • Le modèle de place de marché de Fotolia et la nécessité d’atteindre une masse critique de photos.
  • La stratégie gagnante : sourcer des photographes aux États-Unis pour vendre leurs images en Europe.
  • L’impact d’un article sur TechCrunch qui a accéléré la croissance.
  • Les chiffres de la croissance fulgurante de Fotolia, passant de 40 000 à 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en quelques années.
  • La culture du télétravail (remote) mise en place dès l’origine.
  • La vente de Fotolia en trois étapes : à des fonds d’investissement (TA Associates, KKR) puis le rachat final par Adobe.
  • L’impact personnel du premier chèque important et sa peur de mourir pendant deux semaines.
  • Le lancement en parallèle de Zilok, une plateforme de location entre particuliers.
  • L’association avec Marion Carrette et l’investissement de Marc Simoncini.
  • Son départ de Zilok, qui deviendra plus tard Ouicar, vendu à la SNCF.
  • La naissance de l’idée d’eFounders pour structurer ses multiples projets.
  • La rencontre avec son associé Quentin Nickmans et la création du startup studio en 2011.
  • Le modèle économique d’eFounders : créer des logiciels SaaS pour les PME.
  • Le financement du studio : fonds propres puis deux levées de 5 millions d’euros.
  • Le fonctionnement interne : une équipe centrale qui recrute des cofondateurs pour chaque projet.
  • Le coût d’incubation d’une startup : environ 500 000 euros jusqu’à la première levée de fonds.
  • Les critères de sélection des entrepreneurs : l’optimisme et la résilience avant tout.
  • Les succès récents avec les levées de fonds de Front (60M$), Spendesk (8M$) et Forest Admin (3M$).
  • Le secret du modèle SaaS : un excellent ratio entre le risque pris et la récompense potentielle.
  • Son plus grand regret entrepreneurial : ne pas avoir créé un produit comme Slack.
  • Son organisation personnelle entre Bruxelles et Paris et sa passion pour le ski.
  • Ses réflexions sur un mode de vie plus nomade et ses futurs projets dans l’éducation.
  • Ses outils indispensables : Slite, Zoom, Moqups.
  • Le conseil qu’il se donnerait plus jeune : lancer sa boîte le plus tôt possible.
  • L’appel aux entrepreneurs qui souhaitent créer une entreprise dans le B2B à contacter eFounders.

FAQ

Qui est Thibaud Elzière ?

Thibaud Elzière est un entrepreneur et investisseur français, principalement connu pour être le cofondateur de la banque d’images Fotolia et du startup studio eFounders. Ingénieur de formation, il a consacré toute sa carrière à la création d’entreprises dans le secteur de la tech. Après avoir vendu Fotolia à Adobe, il a systématisé sa passion pour la création en lançant eFounders, une structure qui crée plusieurs startups de logiciels (SaaS) chaque année.

Qu’est-ce que Fotolia ?

Fotolia était une banque d’images en ligne cofondée par Thibaud Elzière en 2004. Son modèle reposait sur le crowdsourcing : des photographes du monde entier pouvaient mettre en vente leurs photos à bas prix. Cette approche a révolutionné le marché de la photo d’illustration, le rendant accessible aux PME et aux créateurs de sites web. Après une croissance très rapide, l’entreprise a été rachetée par Adobe en 2014 et intégrée à sa suite de logiciels sous le nom d’Adobe Stock.

Comment fonctionne le startup studio eFounders ?

eFounders est un startup studio qui crée des entreprises de logiciels B2B (SaaS). Le processus commence avec une idée générée en interne. L’équipe d’eFounders recrute ensuite des entrepreneurs pour cofonder la nouvelle société. Le studio fournit le financement initial (environ 500 000 €), un soutien opérationnel (produit, marketing, recrutement) pendant 18 mois et son réseau. En échange, eFounders conserve une part importante du capital de la startup, qui devient ensuite indépendante.

Pourquoi Thibaud Elzière a-t-il créé eFounders ?

Thibaud Elzière a créé eFounders pour structurer son désir constant de lancer de nouvelles entreprises. Après avoir mené Fotolia et Zilok (devenu Ouicar) en parallèle, il a cherché un moyen de canaliser ses nombreuses idées de manière plus efficace. Le modèle du startup studio lui permet de se concentrer sur la phase qu’il préfère, la création et le lancement, tout en s’associant à des entrepreneurs talentueux pour assurer la croissance des projets sur le long terme.

Quelles sont les entreprises connues lancées par eFounders ?

Depuis sa création en 2011, eFounders a lancé de nombreuses startups qui sont devenues des acteurs importants dans leur domaine. Parmi les plus connues citées dans l’épisode, on trouve Aircall (solution de téléphonie d’entreprise), Front (plateforme de communication client), Spendesk (gestion des dépenses professionnelles), Mailjet (service d’envoi d’emails) ou encore Slite (outil de documentation collaborative pour les équipes).

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