Un apprentissage hors des sentiers battus
William Kriegel raconte une enfance marquée par la maladie, qui le déscolarise de 11 à 15 ans. Loin de l’école, il se réfugie dans l’équitation et découvre le cheval, qu’il considère comme son véritable « éducateur ». Cet animal puissant lui apprend la responsabilité, le respect et la persévérance. Il se souvient d’une leçon marquante de son maître de manège, un ancien du Cadre noir, qui lui a enseigné à ne jamais abandonner après une chute. « Quoi qu’il arrive, on doit remonter sur son cheval et on n’abandonne pas. »
Cette force de caractère le pousse à vivre des aventures hors normes, comme la traversée de la France à pied, de Paris à Marseille, avec un franc par jour. Pour lui, voyager seul et sans argent est le meilleur moyen de provoquer la rencontre et de s’intégrer aux communautés locales.
L’école de l’immobilier
Après un long voyage à moto autour de la mer Rouge, William Kriegel prend conscience qu’il peut vivre l’aventure dans le monde des affaires. À 27 ans, il rejoint l’entreprise immobilière de son père, où il apprend le métier pendant sept ans. Il y développe un goût pour la construction et les projets d’envergure, mais se sent vite à l’étroit. Il décide de prendre son indépendance pour lancer ses propres projets, plus conceptuels.
Il invente alors un produit financier original basé sur la loi de 1948, qui lui permet d’acheter et de vendre des appartements occupés sans avoir à expulser les locataires. Cette première réussite lui donne la plateforme nécessaire pour se lancer à son compte, non sans s’endetter lourdement.
Le pari de l’énergie
Sa carrière prend un tournant décisif lorsqu’un ami lui parle d’une petite centrale hydroélectrique. Il est immédiatement séduit par ce modèle économique : une usine qui produit de la valeur avec une ressource gratuite, l’eau, et un contrat de vente à long terme avec EDF. Il y voit un métier de constructeur, à la fois industriel et financier. Il s’associe alors avec la banque Lazard, puis avec la Compagnie Générale des Eaux (CGE).
Le marché français lui semblant trop limité, il décide de regarder au-delà des frontières. L’Amérique, en pleine ouverture de son marché de l’énergie, lui apparaît comme le territoire d’aventure idéal. Il prend alors une décision radicale : s’y installer pour y bâtir une nouvelle entreprise.
Bâtir un géant américain
En 1984, William Kriegel part pour les États-Unis. La situation est complexe : il ne parle pas anglais, est en plein divorce et laisse derrière lui trois enfants. Sa seule arme est une lettre d’intention non engageante de la CGE. C’est le début de Sithe. En seize ans, l’entreprise devient le deuxième producteur d’énergie indépendant des États-Unis, exploitant 71 usines, du gaz au charbon en passant par l’hydroélectricité, et produisant jusqu’à 15 % de l’électricité de Manhattan.
Il détaille sa philosophie de management, fondée sur la performance, la propreté méticuleuse des installations et une culture d’entreprise forte. Il implique les familles des employés et considère que le bien-être social est un levier de performance. « Je n’ai jamais connu de grève », précise-t-il. Son parcours est marqué par des relations complexes mais respectueuses avec les dirigeants de la CGE, devenue Vivendi, comme Dejoani et Jean-Marie Messier.
La Cense, le retour aux sources
Parallèlement à son intense activité avec Sithe, William Kriegel a toujours gardé un point d’ancrage en France : La Cense, un domaine acheté dans les années 80 dans la forêt de Rambouillet. Après la vente de Sithe en 2000, il décide de se consacrer pleinement à ce projet, qui est le véritable héritage de sa vie. Il y développe une méthode d’équitation reconnue, inspirée du « natural horsemanship » américain, qui vise à améliorer la relation homme-cheval par la compréhension et le respect mutuels.
La Cense devient une institution, avec une méthode pédagogique, des livres, des formations et même un diplôme universitaire en partenariat avec l’université du Montana. Pour William Kriegel, le cheval est un lien essentiel avec la nature et un maître d’humilité. Transmettre cette vision est devenu l’accomplissement de sa vie.
Pour aller plus loin
- Le site de Sithe Global
- Le site du Haras de la Cense
- Le profil LinkedIn de William Kriegel
- Le profil LinkedIn d’Adrien Perrot
- Le site du cabinet APE Avocats
Les références de l’épisode
- Personnes : Jean-Marie Messier, Dejoani, Axel Kahn, Raymond Lowry, Marignan.
- Entreprises et organisations : Sithe, La Cense, Compagnie Générale des Eaux (CGE), Vivendi, EDF, Banque Lazard, Drouot, Coface, Morabini, Actes Sud.
- Lieux : Manhattan, Boston, Auxerre, Paris, Marseille, Koweït, Irak, Yémen, Arabie Saoudite, Soudan, Egypte, Bordeaux, Montana, Forêt de Rambouillet.
- Œuvres : À mon allure, livre de William Kriegel.
- Concepts et marques : Cadre noir, Harley-Davidson, méthode Parelli, quarter horse, loi de 1948, MOOC.
Au fil de l’épisode
- Une enfance marquée par la maladie et quatre ans de déscolarisation.
- La découverte du cheval comme « éducateur » et source de force.
- L’anecdote de la chute à cheval et la leçon de son maître de manège, Marignan.
- Son premier grand voyage : la traversée de la France à pied, de Paris à Marseille, avec un franc par jour.
- Le voyage à moto autour de la mer Rouge en 1971, qui le décide à se lancer dans les affaires.
- Ses débuts dans l’entreprise immobilière de son père à 27 ans.
- La relation de travail à la fois riche et conflictuelle avec son père.
- Sa décision de quitter l’entreprise familiale pour devenir indépendant.
- L’invention d’un produit financier pour vendre des appartements occupés sans expulser les locataires.
- La découverte du secteur des centrales hydroélectriques, un modèle qui le fascine.
- Son association avec la banque Lazard puis la Compagnie Générale des Eaux (CGE).
- La prise de conscience que le marché français est trop petit pour ses ambitions.
- La décision de partir s’installer aux États-Unis en 1984, sans parler anglais et en plein divorce.
- La création de Sithe, armé d’une simple lettre d’intention de la CGE.
- Le développement fulgurant de Sithe, qui devient le deuxième producteur d’énergie indépendant américain.
- La diversification des sources d’énergie : hydroélectricité, gaz, charbon.
- Sa philosophie de management : des usines impeccables, des équipes responsabilisées et une forte culture d’entreprise.
- L’importance d’impliquer les familles des employés pour assurer la performance et le bien-être.
- La construction de l’usine Independence de 1000 MW, un symbole marketing et industriel.
- Ses relations avec les dirigeants de la CGE/Vivendi, de Dejoani à Jean-Marie Messier.
- La vente brutale de Sithe en 2000, annoncée par la presse.
- Sa gestion de la vente pour servir au mieux tous les actionnaires.
- La création de La Cense, son projet de cœur mené en parallèle de sa carrière américaine.
- L’importation du « natural horsemanship » en France.
- Le développement de la méthode La Cense, une approche pédagogique de la relation homme-cheval.
- La création d’une école et d’un cursus universitaire dans le Montana.
- Sa vision du temps long et de l’horizontalité dans les rapports humains.
- Ses road trips en Harley-Davidson avec ses amis dans les Rocheuses américaines.
- Sa conception de la vie comme une transmission : laisser un héritage utile aux autres.
FAQ
Qui est William Kriegel ?
William Kriegel est un entrepreneur franco-américain connu pour son parcours atypique. Après une jeunesse marquée par la maladie et des voyages initiatiques, il a travaillé dans l’immobilier avant de fonder Sithe, l’une des plus grandes entreprises de production d’énergie indépendante aux États-Unis. Passionné de chevaux depuis l’enfance, il a ensuite créé le Haras de la Cense, où il a développé une méthode reconnue sur la relation homme-cheval.
Qu’est-ce que Sithe, l’entreprise fondée par William Kriegel ?
Sithe était une entreprise de production d’énergie indépendante fondée par William Kriegel aux États-Unis en 1984. En 16 ans, elle est devenue le deuxième acteur du secteur dans le pays, avec 71 usines aux États-Unis et en Asie. L’entreprise exploitait diverses sources d’énergie (hydroélectricité, gaz, charbon) et produisait notamment 15 % de l’électricité de Manhattan. Sithe a été vendue en l’an 2000.
Pourquoi William Kriegel a-t-il créé La Cense ?
William Kriegel a créé La Cense pour revenir à sa passion d’enfance, le cheval, et pour transmettre une nouvelle vision de la relation homme-animal. Il considère ce projet comme son véritable héritage. Il a développé une méthode pédagogique visant à améliorer le bien-être du cheval et le plaisir de l’homme, en se basant sur la compréhension et le respect mutuels plutôt que sur une approche purement utilitaire ou militaire de l’équitation.
Quelle est la philosophie de management de William Kriegel ?
Sa philosophie repose sur la performance, la vision à long terme et le respect des équipes. Il insistait sur une propreté et une organisation irréprochables dans ses usines, considérant que c’était un signe de respect et un facteur d’efficacité. Il favorisait des relations horizontales et impliquait les familles de ses collaborateurs, estimant que le bien-être social était essentiel à la performance de l’entreprise. Il n’a jamais connu de grève dans ses usines.
