D’un bureau d’études aux salles de mariage
William Lambelet n’a pas toujours vécu au rythme des noces. Pendant sept ans, il est dessinateur projeteur puis ingénieur d’étude dans l’aéronautique, dessinant des boîtes à vitesses pour Airbus, Eurocopter ou encore l’armée. La photographie surgit presque par hasard : il achète un reflex numérique, et un couple d’amis lui confie son mariage. Sans en connaître les codes, il le couvre « vraiment comme un reportage », porté par une culture visuelle héritée du photojournalisme. Le déclic est immédiat. Il monte sa société, passe professionnel en 2009, abandonne vite un bref détour par le studio qui ne lui plaît pas, et gagne en 2017 le titre de meilleur photojournaliste de mariage du monde décerné par la WPJA.
De trente mariages par an, il est passé à une dizaine, pour se concentrer sur ce qui le passionne vraiment.
William le photographe, Willy le reporter
Pour ne pas mêler ses univers, l’invité a scindé son identité : « William Lambelet » pour les mariages, « Willy Lambelet » pour la presse et le reportage. Cette seconde vie, plus récente, l’a mené au sein d’un collectif de photojournalistes et jusqu’en Pologne, où il a couvert les manifestations pour les droits des femmes, la quasi-interdiction de l’avortement et la dépénalisation des violences familiales. Il y était accompagné, dans le cadre d’un mentoring, par le photojournaliste Olivier Laban-Mattei. Entre travailleurs détachés, école à la maison et commerce de la crémation sur les bords du Gange, il apprend à construire des sujets, à les proposer aux rédactions et à passer de l’image documentaire à la pige.
Le confinement, avoue-t-il, a fini par lui donner le goût d’une pige quotidienne qu’il n’avait d’abord pas envisagée.
Sept jours, mille castes
Le cœur de l’épisode, ce sont les mariages indiens, que William Lambelet documente depuis 2014. Il en explique la logistique déroutante — un agent sur place, des horaires qui glissent de plusieurs heures, des décors entièrement recréés sur un parking en une nuit — et la richesse rituelle : le henné, la soirée du sangeet et ses chorégraphies, la cérémonie du garba, la procession du baraat. Il raconte aussi ce qui le dérange, cette démonstration de richesse où des familles s’endettent pour un mariage plus grand qu’elles ne peuvent se l’offrir, et ces adieux déchirants où la mariée quitte les siens. Avec près de 860 langues et quelque 4 000 castes, l’Inde offre une diversité que l’invité se garde bien de résumer.
Il pointe aussi la politique : la surtaxe voulue par le gouvernement Modi, qui pousse une partie des plus gros mariages vers la Thaïlande ou Dubaï.
Faire un livre de ses propres mains
Reste à transformer sept années d’images en livre. William Lambelet détaille sans fard les coulisses de l’auto-édition : le long travail de vérification des informations, recoupées d’un mariage à l’autre car une même coutume change de nom selon la région, puis les choix de maquette confiés à un graphiste, ceux du papier et du prix. Il évoque la prévente sur Ulule, l’impression chez Escourbiac, et la nécessité de créditer le designer d’un décor, un point de droit à l’image travaillé avec l’avocate Joëlle Verbrugge. L’aventure, prévient-il, ne s’arrête pas à la livraison des palettes : il faut ensuite distribuer, exposer et continuer à faire connaître le livre.
Son ouvrage, « Sept — Les Rites et Coutumes des Mariages Indiens », se trouve en librairies spécialisées et directement auprès de l’auteur.
Pour aller plus loin
- Le site de Willy Lambelet
- Son compte Instagram
- Le livre « Sept » présenté par l’imprimeur Escourbiac
Les références de l’épisode
- Sept — Les Rites et Coutumes des Mariages Indiens, le livre auto-édité de l’invité.
- WPJA (Wedding Photojournalist Association), qui l’élit meilleur photojournaliste de mariage du monde en 2017.
- Olivier Laban-Mattei, photojournaliste, son mentor lors du reportage en Pologne.
- Joëlle Verbrugge, avocate spécialisée en droit à l’image, consultée pour le livre.
- Escourbiac, l’imprimerie qui a réalisé l’ouvrage.
- Ulule, la plateforme de prévente du livre.
- Airbus, Eurocopter, ses anciens employeurs dans l’aéronautique.
- Le festival Visa pour l’image, à Perpignan, lieu de l’entretien.
Au fil de l’épisode
- 00:00:20 — Au festival Visa pour l’image, à Perpignan, présentation de l’invité
- 00:00:46 — William ou Willy Lambelet ? Une double signature assumée
- 00:01:38 — Sept ans d’ingénierie dans l’aéronautique, chez Airbus et Eurocopter
- 00:02:24 — La découverte de la photo et un premier mariage sans technique
- 00:04:29 — Le passage à la vie professionnelle en 2009
- 00:06:11 — 2014 : le premier mariage en Inde, une révélation
- 00:07:00 — Élu meilleur photojournaliste de mariage du monde en 2017
- 00:12:46 — Un autre regard : le commerce de la crémation sur le Gange
- 00:15:44 — La Pologne et le mentoring d’Olivier Laban-Mattei
- 00:22:08 — Pourquoi il faut un agent pour photographier en Inde
- 00:27:27 — Montrer sa richesse : l’endettement des familles pour le mariage
- 00:33:25 — Le livre « Sept » et ses rites : henné, sangeet, garba
- 00:45:10 — Les marqueurs du temps : lunettes de soleil et procession du baraat
- 00:46:51 — Un mariage entièrement bâti sur un parking
- 00:49:13 — Créditer le designer : le droit à l’image avec Joëlle Verbrugge
- 00:54:36 — Les adieux déchirants de la mariée à sa famille
- 01:19:55 — La surtaxe des mariages voulue par le gouvernement Modi
- 01:21:02 — L’auto-édition : vérifier, maquetter, faire appel à un graphiste
- 01:23:25 — La prévente sur Ulule et l’impression chez Escourbiac
FAQ
Qui est William Lambelet ?
William Lambelet est un photographe de mariage français, ancien ingénieur dans l’aéronautique devenu professionnel de l’image en 2009. Élu meilleur photojournaliste de mariage du monde en 2017 par la WPJA, il documente depuis 2014 les rites des mariages indiens. Pour son travail de presse et de reportage, il signe Willy Lambelet.
Pourquoi signe-t-il tantôt William, tantôt Willy Lambelet ?
L’invité a choisi de séparer ses deux activités. Il conserve « William Lambelet », son véritable prénom, pour les mariages et la clientèle privée, et adopte « Willy Lambelet » pour la presse, le reportage et le photojournalisme. Une distinction qu’il reconnaît lui-même un peu compliquée à gérer, mais qui clarifie deux univers différents.
De quoi parle son livre « Sept » ?
« Sept — Les Rites et Coutumes des Mariages Indiens » rassemble sept années de reportages sur les noces indiennes. William Lambelet y documente les nombreuses cérémonies, du henné à la procession du baraat, tout en rappelant qu’aucun ouvrage ne peut être exhaustif : l’Inde compte des milliers de castes et des centaines de langues.
Combien de temps dure un mariage indien ?
D’après William Lambelet, un mariage indien traditionnel s’étale en moyenne sur trois à cinq jours, le temps d’accomplir l’ensemble des rites et coutumes. Dans les grandes villes, où les familles très actives manquent de temps, la fête peut être condensée en deux jours à deux jours et demi, au prix de journées très chargées.
Pourquoi les mariages indiens sont-ils si fastueux ?
Montrer sa richesse fait partie de la culture du mariage indien, explique l’invité. Les familles rivalisent de décors, de danseurs et de mise en scène, quitte à s’endetter lourdement, riches comme plus modestes. Ce faste alimente aussi toute une économie de petites mains, un sujet que William Lambelet développe en parallèle de son travail.
Comment William Lambelet a-t-il auto-édité son livre ?
William Lambelet a d’abord recoupé longuement ses informations, puis confié la maquette à un graphiste. Il a prévendu le livre via une campagne Ulule, l’a fait imprimer chez Escourbiac et a veillé au droit à l’image avec l’avocate Joëlle Verbrugge. La distribution, en librairies spécialisées et en direct, a prolongé l’aventure bien après l’impression.
